Credit Suisse

banque fossile

Informations factuelles et sourcées

Communiqué de presse du 24 janvier 2020

Déjà jours, heures et minutes sans réponse.

En quelques chiffres

Afin de respecter les objectifs formulés par le GIEC et consacrés par l’accord de Paris, le directeur exécutif de l’Agence Internationale de l’Énergie a reconnu que nous ne pouvons plus construire de nouvelles infrastructures émettrices de CO2 (The Guardian, 13 nov. 2018).

Par ailleurs, les réserves déjà en exploitation contiennent plus de carbone que nous ne pouvons en brûler pour limiter le réchauffement à maximum 1,5°C. Aucun nouveau projet d’exploration et de production d’énergies fossiles ne doit être ouvert. Ces données sont connues par le Crédit Suisse comme par l’ensemble des acteurs économiques et politiques majeurs.

D’une façon générale, les arguments avancés par le Credit Suisse dans son communiqué de presse du 13 janvier 2019 ne sont pas ou peu nouveaux. Pour les spécialistes de la question, son implication dans l’alimentation de la catastrophe climatique, ne l’est pas non plus.

Entre 2016 et 2018, le Credit Suisse a investi un total de 57,4 milliards de dollars dans les énergies fossiles (BankTrack & al., Banking on Climate Change 2019). Dans le même temps, la banque a apporté un soutien financier de 14,9 milliards de dollars à des entreprises mondiales qui développent activement leurs activités dans le domaine des énergies fossiles (BankTrack & al., Banking on Climate Change 2019).

Entre 2015 et 2017, le Credit Suisse a accordé 7,8 milliards USD à 47 entreprises exploitant des énergies fossiles « extrêmes » (Greenpeace Suisse, Swiss Banks and their financed emissions, January 2019) et a financé leur exploration à hauteur de 1,466 milliard USD (Right, Based on Science, Eine Analyse der von CS und UBS finanzierten Emissionen aus fossilen Breenstoffen, 2018).

Les combustibles fossiles situés comme extrêmes sont le charbon, le pétrole des sables bitumineux, de l’Arctique et des grands fonds marins, et le gaz naturel liquéfié.

Entre 2015 et 2017, le Credit Suisse ont financé 120 millions de tonnes de Gaz à Effet de Serre (Greenpeace Switzerland, Credit Suisse and UBS financing massive greenhouse gas emissions, 2019).

82,6 millions pour la seule année 2017. Le montant 2015-2017 double presque les émissions nationales Suisses de 143 millions de tonnes d’équivalent CO2 sur la même période (OFEV, Évolution des émissions de gaz à effet de serre de la Suisse depuis 1990, avril 2019).

Entre 2016 et 2018, le Credit Suisse a apporté un soutien de 2 milliards de dollars à certaines des plus grandes entreprises d’extraction de charbon du monde, tout en soutenant certaines des plus grandes entreprises de production d’électricité à partir du charbon à hauteur de 1,9 milliard (BankTrack, Banking on Climate Change, 2019). Entre 2015 et 2017, la banque a triplé ses émissions d’équivalent carbone financées, du fait notamment de son soutien à bon nombre d’entreprises du charbon (BankTrack, Credit Suisse and UBS financing massive greenhouse gas emissions, 2019).

Depuis 2014, le Credit Suisse a émis des financements de plusieurs milliards de dollars à certaines des principales entreprises impliquées à la fois dans l’extraction des sables bitumineux de l’Alberta et dans le transport du pétrole des sables bitumineux par pipeline hors de l’Alberta (Ran, Funding Tar Sandset Bank Track, Banking on climate change, 2019).

Nota bene : l’extraction de cette énergie « extrême » implique:

  • la pollution d’énormes quantités d’eau (jusqu’à 5 barils d’eau pour chaque baril de brut)
  • d’énergie (190 kg de gaz à effet de serre générés pour extraire un baril, soit trois fois plus que pour le pétrole conventionnel)
  • la destruction irréversible d’une partie de la forêt boréale (à terme environ 5000 kilomètres carrés).
 

Des gens meurent déjà de la pollution de l’Athabasca, la principale rivière de la région (Stéphane M. McLachlan, Environmental and Human Health Implications of the Athabasca Oil, 2014). Une récente étude démontre que les émissions d’équivalent CO2 sont 30% plus importantes que celles annoncées par les compagnies qui les exploitent (John Liggio & al., Nature Communications, avril 2019). Certains scientifiques considèrent que le développement des sables bitumineux ne permet pas de rester en dessous du seuil des 2°C de changement climatique, limite haute fixée par l’accord de Paris (Christophe MacGlade & Paul Enkins, Nature, 7 juin 2015).

Le Credit Suisse a investi 147 millions USD de 2016 à 2018 dans des entreprises qui forent dans l’Arctique (Bank Track, 2019)

16,04% en positions d’achat, actions nominatives 5,07% (Allnews.ch, Credit Suisse le Qatar augmente sa participation, 13 aout 2018).

Le Qatar est le plus grand exportateur de Gaz Naturel Liquéfié au monde.

4
milliards USD dans les énergies fossiles
Entre 2016 et 2018
1
millions de tonnes de Gaz à Effet de Serre
Entre 2015 et 2017
1
millions USD dans les forages en Arctique
Entre 2016 et 2018

Leurs paroles - Nos chiffres

Réponse au communiqué de presse du Credit Suisse du 13 janvier 2020
Le Credit Suisse cherche à aligner son financement sur les objectifs de l’Accord de Paris

Le Credit Suisse est l’une des 33 banques globales les plus impliquées dans le soutien et le financement aux énergies fossiles dans le monde (BankTrack, Banking on Climate Change 2019). L’accord de Paris a été signé en 2015. Cinq ans après le Credit Suisse est « encore loin de rompre les liens avec l’industrie des combustibles fossiles » (Johan Frijns et al., Lettre au CEO du Credit Suisse, décembre 2019).

Les exemples et les chiffres démontrant la très forte implication de la banque dans le financement des énergies fossiles sont abondants. L’un des tous derniers concerne le role qu’elle a joué tout récemment à l’occasion de l’entrée en bourse de Saudi Aramco.

Après avoir tout son possible pour en être le coordinateur global, la banque via Credit Suisse Saudi Arabia a été en décembre 2019 l’un des 9 conseillers financiers de l’introduction en bourse du plus grand producteur de pétrole au monde Saudi Aramco. Credit Suisse Europe a été l’un de ses Joint Bookrunners (Globallegalchronicle.com, Saudi Aramco’s $25.6 Billion Initial Public Offering, december 2019).

Selon Richard Heede du Climate Accountability Institute, Saudi Aramco est liée à 4,38 % du dioxyde de carbone et du méthane générés par l’activité humaine depuis 1965. Elle est en tête du classement des « 20 plus grandes entreprises du monde à être liées à plus d’un tiers de toutes les émissions de gaz à effet de serre de l’ère moderne » (The Guardian, Revealed: the 20 firms behind a third of all carbon emissions, 9 octobre 2019).

Ses « directives internes font l’objet d’un examen permanent et ont été renforcées en permanence »

En matière climatique, les solutions basées sur le volontariat des banques se sont globalement avérées sans conséquence sur les émissions de GES au cours des dernières années. Les « lignes directrices internes » évoquées par la banque pourraient avoir un impact si elles étaient contrôlées par une autorité compétente et dont l’indépendance est garantie, ce n’est hélas pas le cas.

Ses directives internes n’ont en pratique pas empêché le Credit Suisse de contribuer au financement d’un bon nombre de projets et de compagnies dont l’impact climatique est catastrophique : dont un financement direct au premier terminal d’exportation de gaz de schiste en partance des Etats-Unis Sabine Pass (célèbre notamment pour avoir été temporairement fermée après 10 ans de fuites chroniquement sous-estimées : Justin Mikulka, Desmog, 18 février 2018) mais aussi le financement à hauteur de plus d’1 milliard USD en 2018 de la société texane Apache spécialiste de l’exploitation du gaz de schiste (Daniel Stern, Der wilde Ritt der Credit Suisse, WOZ, 4 avril 2019).

Les lignes directrices de la banque ne l’ont pas non plus empêché en 2017 de contribuer avec autres 21 banques a financer TransCanada (Alison Kirsh, Who’s bankrolling TransCanada, March 2017 / RAN, Funding Tar Sands, novembre 2017) compagnie menant plusieurs projets climaticides emblématiques, dont le tristement célèbre pipeline Keystone XL.

Enfin ses lignes directrices l’ont laissé libre d’être entre 2016 et 2019 le deuxième bailleur de fonds de l’entreprise allemande RWE exploitant la lignite, le charbon le plus polluant en Westphalie du Nord. La zone est l’une des plus émettrices de CO2 en Europe (BankTrack, Banking on Climate Change 2019 / Gerard Wynn, RWE’s lignite, Energypost.eu, octobre 2018).

le Credit Suisse a déclaré qu’il « ne financerait plus les centrales à charbon. »

Le Crédit Suisse s’est engagé en décembre 2019 à ne plus financer directement de « nouveaux projets de centrales à charbon ». Cette annonce est loin d’être un lourd sacrifice pour Crédit Suisse. La banque n’a en effet accordé sur les 20 dernières années que deux financements directs aux projets de construction de nouvelles centrales à charbon, un en 2006 et un autre en 2007. Autrement dit, Crédit Suisse tente de présenter une image de banque responsable à peu de frais en s’engageant à ne plus faire ce qu’elle ne faisait déjà pas ou plus.
 
Un engagement qui aurait pu réellement apporter quelque chose de positif en matière de lutte contre le changement climatique aurait été de renoncer à ses financements massifs aux entreprises actives dans le secteur du charbon. Les financements « aux entreprises » représentent, pour toutes les banques, la majeure partie de leurs financements au charbon ; les financements de projets ne sont toujours qu’une petite partie, moins de 10%. Or, pour Crédit Suisse, c’est la quasi totalité de ses soutiens au charbon qui sont délivrés sous la forme de crédits ou d’aides à l’émission d’actions et d’obligations par les entreprises.
 
Contrairement à de nombreuses autres banques européennes, Crédit Suisse n’a pris aucun engagement concernant ces financements aux entreprises. Au contraire, entre 2016 et 2018 Crédit Suisse a alloué plus de 1,9 milliard de dollars aux 30 entreprises premières compagnies d’électricité au charbon en fonction de la capacité de production installée et prévue. Il contribue ainsi à l’expansion d’une des énergies les plus émettrices d’équivalent CO2 (BankTrack, Banking on Climate Change 2019).

La part des crédits aux énergies fossiles du Credit Suisse se situe dans le bas de la fourchette

Que la direction de la banque Zurichoise soit désormais sur cette position est une bonne nouvelle ! Et pour cause, ceci accrédite l’idée selon laquelle le désinvestissement des sommes accordées à l’industrie mondiale des énergies fossiles est pleinement possible pour la banque, en plus d’être hautement souhaitable pour l’ensemble de la vie sur terre.

Cependant, pour pouvoir dans le même temps juger de la réalité de l’ordre de grandeur annoncé, il faudrait pouvoir disposer du montant en USD adéquat ainsi que du profil des volumes de « crédits aux combustibles fossiles » attendus au cours des 30 prochaines années.

Ce profil devrait diminuer drastiquement à partir de cette année pour atteindre 0 en 2050 au plus tard soit « 7.6% de réductions d’émissions par an entre 2020 et 2030 pour espérer limiter le réchauffement aussi près des 1.5°C que possible » (UNEP, Emissions gap report, 2019). La divulgation du profil des volumes de « crédits aux combustibles fossiles » est d’une nécessité indispensable comme l’ont recommandé d’ores et déjà le NGFS (Network for Greening the Financial System, A Call for Action, avril 2019) et la TCFD (Recommendations of the Task Force on Climate-related Financial Disclosures, juin 2017).

Le Credit Suisse est l’un des moteurs des placements durables

Le fait de soutenir le développement des énergies renouvelables est important. C’est l’un des axes d’une transition énergétique et écologique rigoureusement indispensable. Mais elle ne manque pas de soulever plusieurs questions essentielles.

Pour pouvoir être crédibles, les volumes évoqués doivent d’abord être clarifiés. Plusieurs multinationales du charbon ou du pétrole interviennent massivement dans ces domaines d’activité et pour une part plus résiduelle dans les renouvelables. Par ailleurs, les énergies renouvelables ont elles-aussi des externalités climatiques néfastes dont il est peu honnête de taire la réalité. Espérons que le Crédit Suisse fera son possible pour en connaître l’impact précis. Ces données ont de l’importance lorsqu’on les compare avec l’efficacité du soutien apporté à d’autres stratégies d’atténuation.

Ensuite, financer les énergies renouvelables, tout en continuant d’apporter un soutien massif aux énergies fossiles avec le zèle dont le Credit Suisse témoigne est hautement problématique. La destruction du climat n’est pas enrayée lorsque vous organisez la levée de fonds et/ou prêtez des milliards à celles et ceux qui alimentent ses causes massives, tout en prêtant d’autres milliards aux mêmes (ou à d’autres) pour des activités qui n’en font pas autant.

Les scénarios de transition énergétique les plus crédibles (dont le Scenario Negawatt en France) insistent sur le fait que les gisements de transition les plus importants se situent du coté de l’efficacité et de la sobriété énergiques. Le passage à des solutions hautement technologiques (y compris les énergies dites renouvelables) a été tentée depuis 40 ans et a prouvé son inefficacité pour diminuer drastiquement les volumes d’équivalent CO2 moteur de la crise écologique mondiale : elles ne se sont pas ou peu substituées à la consommation de combustibles fossiles, mais se sont additionnées sur un amas toujours croissant de production de charbon, de pétrole et de gaz (Richard York, Nature Climate Change, juin 2012 ; Yuanan Hu & Hefa Cheng, Nature Communications, février 2017).

Le Credit Suisse a soutenu l’émission de 28 milliards USD d’obligations vertes

Comme l’a souligné le Center for International Climate and Environmental Research (CICERO) à propos des obligations vertes de HSBC en 2015 : « il n’existe aucune garantie, ni aucune ‘méthodologie’ en vue de s’assurer que l’impact net des [obligations vertes] est significativement positif. » (« Second Opinion » sur le cadre des obligations vertes de HSBC, Cicero 2015). Il a été récemment prouvé théoriquement que « [les obligations vertes et les obligations standard] sont en fait le même produit, malgré un discours politique et médiatique qui tend à donner du crédit à l’idée d’une différence. » Les auteurs de la recherche correspondante ont également souligné que « la promesse ‘verte’ liée à une telle obligation n’a aucune valeur juridique » et ont conclu : « Il est pour le moins discutable que l’obligation ‘verte’ contribue à la lutte contre le réchauffement climatique (contrairement à certains financements de projets ou autres investissements directs dans des projets verts), et que la question du greenwashing fonctionnel puisse être soulevée. » (Ekeland et Lefournier, L’obligation verte : homéopathie ou incantation ?, 3 juin 2019)

Un article du journal The Guardian de février 2019 indiquait que « l’Australie [utilise] le financement climatique pour la modernisation des centrales à charbon » (Adam Morton, Out on its own, The Guardian, 28 fev. 2019). En Chine « seulement 10% des green bonds vendus [en 2016] ont fait l’objet d’une vérification indépendante sur l’utilisation des produits » (Claire Milhench, Emerging climate bonds boom, but are they really green?, Reuters, 18 août 2017). Selon les Amis de la Terre France, la levée de fonds de GDF Suez en 2014 de 2,5 milliards d’euros auprès d’investisseurs privés pour financer des « soi-disant des projets énergétiques propres » est allée vers des « projets verts » sans qu' »aucun critère social et environnemental clair » ne soit garanti, et surtout alors que l’entreprise continue en parallèle « à investir lourdement dans les énergies fossiles » (Amis de la Terre France, Shell, GDF Suez et Samsung remportent les Prix Pinocchio 2014, 18 novembre 2014).

Enfin, à supposer que ces ‘green bonds’ soient véritablement verts, la somme annoncée « 28 milliards de dollars d’obligations vertes pour [ses] clients » sur 6 ans est ridiculement basse et représente à peine la moitié de ce que ce que le Credit Suisse a prêté dans les « transactions liées aux combustibles fossiles » sur une période deux fois plus courte (entre 2016 et 2018).

Nous sommes en 2020. Les risques et menaces liés au changement climatique ont été scientifiquement étayés depuis 50 ans. Malgré les engagements internationaux pris il y a 5 ans à Paris lors de la COP21, le Crédit Suisse continue de financer massivement le développement des énergies fossiles.

Contrairement à d’autres grands acteurs financiers européens, la banque échoue à revoir ses pratiques en vue de ne plus contribuer à alimenter la crise climatique. Son échec met notre avenir en péril et menace aujourd’hui des millions de personnes. Les feux en Sibérie (2019) et en Australie (2019-2020), la sécheresse en Inde (2019), les inondations en Indonésie (2019-2020) ne sont que des exemples des périls face auxquels le GIEC nous a mis en garde dans son rapport sur les conséquences d’un réchauffement supérieur à 1,5°C (IPCC, Special Report, Global Warming of 1.5°C, 2018).

La réponse du Crédit Suisse face à la situation et face aux mobilisations actuelles, dont les procès que la banque intente, est indigne. Elle décuple notre volonté d’obtenir le désinvestissement à courte échéance de l’ensemble des fonds qu’elle accorde aux responsables majeurs du chaos climatique.

Dessin de presse Vincent Lepee
Vincent di Silvestro - Le Courrier 15.01.2020